Samedi 14 Février 2026 à 5h.
De retour dans son appartement, le corps encore tremblant de fatigue et de peur, Rox aurait dû se calmer. Mais l’adrénaline, une fois goûtée, était une drogue. Le souvenir de sa nudité dans la ville endormie, cette sensation de liberté absolue, avait effacé la terreur du retour. Il ne pensait qu’à une chose : recommencer. Mais cette fois, il voulait plus. Plus de danger, plus de frissons. Il voulait le cœur du la bête.
Il regarda l’horloge. 5h du matin. Le crépuscule naissant teintait le ciel d’un gris laiteux. C’était l’heure creuse, le moment où les noctambules épuisés rentraient et où les lève-tôt n’avaient pas encore paru. C’était parfait.
Sans même prendre le temps de se doucher, il se remis à poil. Sa peau était encore sensible aux souvenirs de la nuit. Il sentit le frisson le parcourir, mais ce n’était plus celui de la peur, c’était celui de l’anticipation. Cette fois, il n’y eut aucune hésitation. Il traversa son living, ouvrit la porte et s’enfonça dans le couloir, déjà habitué à la fraîcheur du béton sous ses pieds nus. Il descendit les quatre étages, le cœur battant un rythme plus calme, plus déterminé.
Dehors, l’air était plus doux. La ville n’était plus tout à fait endormie, mais pas encore réveillée. Des lumières s’allumaient par-ci par-là dans les fenêtres. Rox prit la direction du centre-ville, son corps se mouvant avec une aisance nouvelle. Son sexe, cette fois, ne se raidit pas immédiatement. Il était dans un état de concentration extrême, tous ses sens tendus vers l’environnement. Chaque bruit était analysé, chaque silhouette lointaine était un potentiel danger.
Il marcha pendant vingt minutes, s’enfonçant dans des rues de plus en plus commerçantes. Les rideaux de fer des boutiques étaient baissés, créant des canyons sombres et silencieux. C’est alors qu’il le vit : une rampe de parking souterrain, éclairée d’une lumière blafarde. Un panneau indiquait « Ouvert ». Une idée folle le traversa. S’aventurer sous terre, dans ce labyrinthe de béton et de métal, c’était le risque ultime.
Il hésita une seconde, puis s’engouffra. L’air y était plus froid, plus humide, avec une forte odeur d’essence et de moisi. Le bruit de ses pas résonnait étrangement contre les murs et le plafond bas. Il se mit à déambuler entre les voitures, son corps nu se reflétant dans les carrosseries lisses et les vitres sales. Il se sentait invisible, fantomatique, le maître de cet underworld silencieux.
Il commença à remonter vers la sortie, suivant les flèches peintes au sol. Il était au niveau -1 lorsqu’il entendit des pas. Ils étaient lourds, réguliers, et ils descendaient. Le sang de Rox se glaça. Il n’avait nulle part où se cacher. Il n’eut que le temps de se raidir, de tenter de vider son visage de toute expression, de marcher comme s’il avait parfaitement le droit d’être là, nu, à 5h du matin, dans un parking.
L’homme apparut au tournant. C’était un grand type costaud, la quarantaine peut-être, en veste de travail et bottes. Il avait l’air épuisé et de mauvaise humeur. Il leva les yeux sur Rox, et son visage se tordit dans une grimace de dégoût et de colère.
« Ah mais c’est quoi ce bordel ? » gronda-t-il, sa voix rauque faisant écho dans le couloir. « T’es qui, toi ? T’es un pervers ou quoi ? Fous le camp de là ! »
Rox, pris d’une panique glaciale, ne répondit rien. Il baissa la tête et accéléra le pas, le cœur martelant sa poitrine. Il voulait juste atteindre la sortie, la lumière du jour.
« Ne t’en va pas comme ça, espèce de connard ! » cria l’homme derrière lui. « Je te parle, merde ! »
Rox se mit à courir. Mais l’homme aussi. Il entendit ses bottes marteler le béton, se rapprochant. La peur le submergea, une onde de choc qui lui coupa le souffle. Des larmes de panique lui perlaient au coin des yeux, brouillant sa vision. Il déboula dans la rue, la lumière du matin le blessant. Il courut sans regarder, fou, désespéré, en direction de son quartier. Il savait que l’homme le suivait, il entendait ses insultes qui le poursuivaient. « Pervers ! Débile ! Je vais te niquer, t’entends ? »
Son immeuble apparut enfin, un refuge tant espéré. Ses doigts tremblaient tant qu’il eut du mal à taper le code sur le digicode. Il y parvint enfin, la porte s’ouvrit. Il se jeta à l’intérieur, mais l’homme était juste derrière lui. Il s’engouffra dans le hall avant que la porte ne se referme.
« Tu crois que tu vas m’échapper ? » hurla-t-il. « Je sais où tu habites maintenant, saloperie ! »
Rox fut pris d’une terreur aveugle. Il courut vers les escaliers, monta les quatre étages quatre à quatre. Il entendait l’homme derrière lui, soufflant, grognant. Il arriva devant sa porte, les mains tremblantes, la clef qui ne voulait pas entrer dans la serrure. Finalement, la porte s’ouvrit. Il se précipita à l’intérieur et tenta de la refermer derrière lui, mais un pied géant l’empêcha. L’homme força, et Rox recula, terrifié.
L’homme entra dans l’appartement et toisa le lieu d’un regard méprisant. « Donc c’est là que tu vis, pédé ? » dit-il. Rox, en larmes, le suppliait. « Pitié, partez… Je vous donne de l’argent… Partez… »
Mais l’homme n’écoutait plus. Une fureur s’était emparée de lui. D’un geste brutal, il balaya la table basse, envoyant les livres et les verres voler en éclats. « PERVERSE ! » cria-t-il. Il attrapa un vase et le fracassa contre le mur. Rox se recroquevillait, pleurant à chaudes larmes. L’homme se tourna vers lui, son visage fou de colère. Il s’avança et, d’une gifle cinglante, l’envoya rouler au sol. « MALADE ! » cracha-t-il au-dessus de lui. « Tu aimes ça, hein ? Faire le cochon en pleine rue ? »
Il se pencha, son visage à quelques centimètres de celui de Rox. Une haine pure brillait dans ses yeux. « Je vais te laisser, » murmura-t-il, sa voix pleine de promesses sinistres. « Mais je vais revenir. Et je ne serai pas seul. J’ai des potes qui vont adorer faire ta connaissance. On va te casser en deux, tu entendras plus parler de te promener tout nu. »
Et sur ces mots, il se redressa, cracha par terre et sortit de l’appartement, laissant la porte grande ouverte. Rox resta prostré sur le sol, le jouet en sanglotant, son corps meurtri et son âme brisée. L’aventure était terminée. Le cauchemar ne faisait que commencer.
