Rox au foyer de jeunes travailleurs (1/2)

La vie de Rox s’effondra avec une lenteur bureaucratique et impitoyable. Les lettres de sa banque, d’abord fermes, puis menaçantes, s’accumulèrent sur sa table de cuisine. La procédure de surendettement fut un long calvaire, une plongée dans ses propres erreurs. Finalement, le jugement tomba : effacement des dettes, oui, mais fichage à la Banque de France pour plusieurs années. Il était un paria financier.

Son appartement, ce qu’il avait eu de plus cher, il en a été expulsé. Il emballa le peu de biens qui lui restaient dans des cartons, le cœur vide. Son travail était son seul filet de sécurité social, un poste stable mais sans grande perspective qui lui permettait de subsister, mais plus rien d’autre. La recherche d’un nouveau logement se révéla être un chemin de croix. Avec son fichage, aucune agence immobilière ne voulut de lui. C’est par l’intermédiaire d’une association que l’on lui proposa une chambre dans un foyer pour jeunes travailleurs, dans un quartier populaire et animé de la banlieue nord.

La chambre était minuscule, à peine assez grande pour un lit étroit et une petite armoire. Les murs étaient fins, et il pouvait entendre chaque pas, chaque conversation dans le couloir. Les autres résidents étaient majoritairement de jeunes hommes, venus du Mali, du Sénégal, de Côte d’Ivoire, du Congo. Ils vivaient en communauté, leurs rires et leurs musiques résonnant dans les couloirs. Rox, brisé par son expérience, se terra dans sa chambre. Il évitait les regards, se contentait de saluer d’un signe de tête, et se sentait plus seul et invisible que jamais.

Les premiers temps furent une coexistence pacifique mais distante. Rox était « le français silencieux », celui qui sortait le matin pour son travail de bureau et revenait le soir pour s’enfermer. Mais les murs avaient des oreilles. Un soir, fatigué et abattu, il oublia de fermer complètement sa porte en se masturbant en pensant aux grosses queues aperçues à travers les joggings des résidents du foyer. Un petit rire étouffé dans le couloir lui fit sursauter. Il se recroquevilla, mort de honte.

Le lendemain, alors qu’il préparait son café dans la cuisine commune, deux des résidents, un grand ivoirien nommé Koffi et un sénégalais plus jeune au regard vif, Adama, étaient là.
« Alors, mon frère, » commença Koffi avec un grand sourire, « tu as des rêves très… sonores cette nuit ? »

Rox rougit jusqu’aux racines de ses cheveux. « Je… Je ne sais pas de quoi vous parlez. »

Adama éclata de rire. « Ne sois pas timide ! On est tous des hommes ici. On a entendu. Tu pensais à une femme ? »

Le silence de Rox fut une réponse suffisante. Koffi et Adama échangèrent un regard complice.
« Ah, » fit Koffi, le ton changeant, devenant plus lourd, plus intentionnel. « C’est comme ça. »

À partir de ce jour, tout changea. Les regards dans le couloir n’étaient plus neutres. Ils étaient curieux, moqueurs, parfois prédateurs. Rox sentait leur poids sur lui, et une partie de lui, la partie qui avait été éveillée et mise en sommeil, se réveillait. Il se sentait de nouveau observé, jugé, et cette attention le faisait bander secrètement dans son pantalon.

Un soir, Koffi l’interpella alors qu’il sortait de la douche. « Rox. Viens un moment. On a besoin de ton aide. »

Il le suivit dans la chambre de Koffi, qu’il partageait avec Adama. L’endroit était plus grand que le sien, et sentait le musc et la fumée. Koffi était assis sur son lit, Adama sur une chaise. Ils le firent entrer et fermèrent la porte.
« Assieds-toi, » ordonna Koffi.

Rox s’assit sur le bord du lit, les mains jointes.
« On t’a entendu, Rox, » reprit Koffi. « On sait que tu aimes les hommes. C’est pas un problème. Au contraire. Moi, Adama, on aime bien les hommes qui savent leur place. »

Adama se leva et se posta derrière Rox, lui posant les mains sur les épaules. « Tu es si tendu, mon frère. Tu as besoin de te détendre. »

Les mains d’Adama commencèrent à masser ses épaules, descendant lentement vers son dos. Rox était immobile, le corps parcouru de frissons. Il ne voulait pas ça, et pourtant, il le voulait plus que tout. Il était de nouveau cette chose qui pouvait être prise, utilisée.

« Tu sais, ici, tout le monde s’entraide, » continua Koffi, ses yeux plongés dans ceux de Rox. « On partage. Et toi, tu vas partager avec nous. Compris ? »

Rox hocha la tête, incapable de parler.

« Montre-nous comment tu es reconnaissant, » dit Koffi en ouvrant son pantalon et sortant sa bite, déjà semi-rougie.

Ce fut le point de non-retour. Rox s’agenouilla, comme il l’avait fait pour son maître, et prit la bite de Koffi dans sa bouche. C’était primal, charnel, une domination sociale et physique. Adama se mit derrière lui, abaissa son pantalon et sa slip, et commença à lécher son cul. Rox gémit, la bouche pleine, son esprit s’évanouissant sous l’assaut des sensations. Il n’était plus Rox, le ruiné, le surendetté. Il était une bouche, un trou, un esclave sexuel pour ces hommes qui l’avaient identifié, domestiqué.

Il devint leur chose. Leurs besoins rythmèrent ses journées. Le matin, avant le travail, Adama venait frapper à sa porte pour une fellation rapide. Le soir, c’était Koffi qui le faisait venir dans sa chambre pour le baiser brutalement. Les week-ends, c’était parfois d’autres résidents qui se joignaient à eux, attirés par la rumeur. Il nettoyait leurs chambres, faisait leur lessive, et servait de soumission sexuel à leur demande. Il n’était jamais question d’argent. La monnaie d’échange était sa soumission, son corps.

Un soir, alors qu’il était à quatre pattes sur le sol de la cuisine, en train de lécher les pieds de Koffi après une longue journée de travail, un autre résident passa et les regarda sans surprise.
« C’est toujours comme ça, les Français, » dit-il en riant avant de continuer son chemin.

Rox releva les yeux vers Koffi, qui lui souriait. Il n’y avait plus de honte, plus de lutte. Il avait perdu son logement, son argent, son nom. Mais ici, à genoux sur le carrelage froid d’un foyer pour jeunes travailleurs, il avait trouvé une nouvelle place. Il n’était plus personne, et dans ce néant, il avait trouvé une nouvelle forme de paix. Il était leur esclave, et c’était tout ce qu’il lui restait, et tout ce qu’il voulait être.